Sabbah de Babel
4 mai 20258 min de lecture

Hunger Games : Lever de soleil sur la moisson, Suzanne Collins

À l'aube des cinquantièmes Hunger Games, la peur s'empare des districts de Panem. Cette année, en l'honneur des Jeux de l'Expiation, le nombre de tributs arrachés à leur famille pour participer à ces jeux cruels sera doublé ! Dans le district 12, Hay…

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À l'aube des cinquantièmes Hunger Games, la peur s'empare des districts de Panem. Cette année, en l'honneur des Jeux de l'Expiation, le nombre de tributs arrachés à leur famille pour participer à ces jeux cruels sera doublé !
Dans le district 12, Haymitch Abernathy tente de ne pas trop penser au terrible tirage au sort. Il est concentré sur sa survie et sur la survie de celle qu'il aime.
Alors, quand le destin le désigne comme tribut, son monde s'écroule.
Forcé de tout quitter, il est emmené au Capitole avec trois autres membres de son district : une amie qu'il considère comme une sœur, un parieur compulsif et la fille la plus prétentieuse de la ville.
Alors que les Jeux sont sur le point de commencer, Haymitch comprend que les épreuves sont truquées et qu'il n'a aucune chance. Pourtant, quelque chose en lui le pousse à se battre... pour que ce combat dépasse les frontières de l'arène mortelle.


Cet article va se passer en deux temps : je vais d’abord pleurer sur votre épaule en vous disant à quel point cette lecture est absolument incroyable et à la hauteur de la trilogie originale. Puis, je vais essayer de me ressaisir et de vous expliquer pourquoi cette lecture est absolument incroyable et à la hauteur de la trilogie originale ? Êtes-vous prêt.e.s ? Puisse le sort vous être favorable.

Mes pensées les plus profondes (ou pas)

“Mon cœur saigne”. C’est ce que j’ai dit tout au long de cette lecture. Que ce soit dès les premières pages en me rendant compte à quel point Haymitch va prendre cher ou vers la fin quand j’ai vu à quel point il a en effet pris cher.

J’ai été captivée par l’intrigue dès les premières lignes. Je suis retombée dans cet univers comme un poisson dans l’eau. L’ambiance dystopique, l’esthétique dangereuse et autoritaire sont toujours aussi présentes que lors de ma lecture de la trilogie originale.

Je m’étais d’ailleurs promis de ne m’attacher à aucun personnage et… j’ai lamentablement échoué. J’ai vibré avec chacun des personnages, j’ai pleuré sur chacune de leur mort. J’ai pleuré pour Haymitch, aussi. Pour ce qu’il a subi, pour ce dont il a été témoin. Il était déjà l’un de mes personnages préférés, mais là, il remporte une place toute spécifique dans mon cœur.

J’ai réellement été bluffée par la manière dont l’autrice arrive à rappeler la nostalgie des premières lectures tout en créant de l’inédit et de la surprise. Elle savait quoi écrire, elle avait des choses à dire et elle les a dites.

Place maintenant à l’analyse ! Attention, il est possible qu’il y ait quelques spoilers. Vous voilà prévenus.

Haymitch, un Katniss malchanceux…

Les liens et les références, l’autrice sait faire. Et le lien entre Haymitch et Katniss s’est renforcé à travers cet opus.

Un personnage solitaire, mais protecteur ? Qui ne cherche pas les ennuis mais les trouve ? Qui possède plus de talents qu’escomptés ? Oui, je parle de Katniss… et de Haymitch. Leur rage enfouie contre le système en place, leur impulsivité à confronter l’autorité sous le coup de la colère, montrent que ces deux personnages sont faits du même bois : ils n’hésitent pas à tenir responsable le Capitole des meurtres engendrés et vont même tenter d’abîmer leurs arènes respectives afin de défier l’autorité. On remarque aussi un parallèle intéressant entre Haymitch et la Katniss du tome deux : chacun est obligé de jouer le rôle qu’on leur impose pour plaire à Snow et ne pas perdre le peu de choses qui leur reste - leur famille et leur amour. Là où Katniss cherche à incarner la jeune amoureuse transie, Haymitch joue le rôle de la crapule puis de l’alcoolique, dont la parole n’est pas crédible, supprimant sa propre voix pour paraître inoffensif.

Malgré tout, on voit également dans le personnage d’Haymitch une étincelle capable d’embraser le feu de la rébellion, de la même manière que l’on voit en Katniss, le geai moqueur. C’est malheureusement un contexte encore trop précoce pour que Haymitch puisse réellement déséquilibrer le pouvoir en place… Mais cela fait donc de lui le parfait mentor pour accompagner Katniss dans sa lutte. Il est les cendres sur lesquelles Katniss rallume la flamme.

… Mais aussi un Peeta.

Si on retrouve beaucoup du caractère de Haymitch en Katniss, il faut savoir que Peeta aussi peut être considéré comme le digne héritier de son mentor. Le passage des interviews, la manière dont Haymitch se sert de son image pour gagner l’approbation du public, mais aussi des juges est toute aussi perspicace et intelligente que celle utilisée par Peeta lors de ses deux Jeux. Il possède un certain charme et charisme qui rappelle notre cher fils de boulanger.

Le pathos ou la victoire du tragique

On sait comment ce livre se termine. On sait le destin de chaque personnage que l’on rencontre. Et c’est ce qui rend, à mon avis, le roman si tragiquement parfait.

L’autrice reprend ici le même schéma qu’une pièce de théâtre tragique : une histoire dont la fin est connue de toutes et tous et qui va s’intéresser à comment on en arrive là. L’objectif est de montrer le caractère inéluctable du Destin, ici représenté par le système autoritaire du Capitole sur Panem.

On sait donc que c’est Haymitch qui gagne ses Jeux. On sait également qu’il les gagne seul et donc qu’aucun des autres tributs ne va survivre. On sait également que Haymitch sombre dans l’alcool et qu’il vit toute sa vie de vainqueur en solitaire, sans famille ni amis. Cela ne nous empêche pourtant pas d’être captivé par tous les rouages qui le mènent à ce point. Et ces rouages sont justement très pertinents, bâtissant le caractère du personnage pas à pas pour le mener à celui que l’on connait déjà, le rendant plus attachant encore.

Le personnage se bat pour sa vie, mais aussi contre un système totalitariste, qui l’écrase comme il écrase le reste de la population. Peut-on y voir une représentation du Destin inéluctable qui a toujours un coup d’avance sur nous et qui nous écrase de sa constance inébranlable ? Possible. Le Capitole peut ici avoir une symbolique aussi bien politique, et explicite, que spirituelle, plus implicite.

Une réflexion sur notre actualité

Bien évidemment, on ne peut pas passer à côté du message politique qui reflète notre actualité. Un gouvernement autoritaire, conservateur, qui n’hésite pas à retravailler les faits pour faire passer leur propagande… Comment ne pas y voir la trajectoire que prennent certains pays actuellement ?

On remarque par ailleurs, une certaine insistance sur la censure et la modification des faits dans les émissions, qui étaient légèrement moins présentes dans les Jeux de Katniss. Insistance affichée notamment dans les citations choisies pour ouvrir le livre.

La propagande du Capitole est plus forte que jamais. Snow a toujours une longueur d’avance, ce qui marque d’autant plus le pouvoir qu’il commence à perdre à l’époque de Katniss. Ici, il est tout puissant, au summum de sa gloire et de son contrôle, au point de supprimer la voix de Haymitch et des autres tributs. Snow montre à Haymitch, depuis les images de la Moisson, à celles des Jeux, qu’il peut retourner tout acte, toute parole, en faveur du Capitole et de son idéologie. Haymitch s’étonne d’ailleurs de voir à quel point les spectateurices se laissent prendre à la modification, parfois grotesque, des événements. La chronologie n’est pas bonne, mais personne ne s’en offusque, mise à part Haymitch, le poussant à se demander jusqu’à quel point les gens de Panem sont aliénés. Cela fait également lien avec la remarque qui est faite à leur arrivée dans le Capitole, quand il est dit que les gens ne lisent pas et que Plutarch, seul allié de la rébellion dans le Capitole, est une exception. Plutarch, qui pose la question essentiel dans ce livre : pourquoi personne ne se rebelle ?

Mais si l’autrice dépeint une situation tragique et aux allures inéluctables, elle ne s’arrête pas là et ne peut s’empêcher de laisser une étincelle d’espoir allumé à travers certains personnages. Si Haymitch se retire de la société et se plonge dans l’alcool et le silence pour préserver les autres, il préserve également l’étincelle de la rébellion, la cultive en lui-même et, par ce silence qui semble incarner la victoire de Snow au premier abord, elle incarne aussi sa propre manière de se soustraire à son emprise. Une discussion avec une amie (coucou Nono ♥), nous a fait prendre conscience également que l’effacement de sa propre histoire par Haymitch, a permis de protéger la rébellion, mais aussi Katniss et Peeta. Son silence a autant servi la rébellion que la prise de parole de Finnick dans le troisième tome.

Faisant lien entre cet opus et la trilogie originale, Suzanne Collins laisse donc une porte ouverte, un fil d’Ariane vers la rébellion et la possibilité de certains personnages à ouvrir les yeux et prendre conscience pour laisser place à cette révolte qui finira par vaincre.

Une mythologie toujours aussi présente

Évidemment, ce qui fait aussi la beauté de cet univers, c’est les références culturelles et mythologiques que Suzanne Collins exploite pour nourrir son univers. J’ai fais un article dont j’envisage sans doute une deuxième partie sur la mythologie dans cette série littéraire donc je ne pense pas m’attarder beaucoup là-dessus. En revanche, j’aimerai dire quelques mots sur la mythologie inventée par l’autrice.

En effet, créant des liens entre les différents livres de l’univers, elle a parallèlement construit tout un lore : la symbolique du serpent et de l’oiseau, de la neige et du feu, mais aussi toute la tradition des Coveys qui, d’une manière ou d’une autre, résiste au Président Snow.

Le plus marquant, selon moi, repose sur le choix des noms des personnages qui n’est jamais hasardeux. En effet, Haymitch explique que chaque Covey possède un nom de chansons ou de poèmes pour leur prénom et de couleurs pour leur deuxième prénom. Le nom du Président Snow fait également référence à une couleur - le blanc en l’occurrence. Par ailleurs, une covey est un couple d'oiseaux avec leurs petits, qui renvoie notamment aux fameux geais moqueurs.