Les magiciennes dans l'Antiquité
Circé, Médée, Hécate, Ishtar, Isis, Lilith, Morgane… qu’ont toutes ses femmes en commun ? La magie. Puissantes magiciennes, grandes séductrices, elles ont envouté notre littérature et notre monde. Mais les connaissons-nous réellement ? Petit focus su…
Circé, Médée, Hécate, Ishtar, Isis, Lilith, Morgane… qu’ont toutes ses femmes en commun ? La magie. Puissantes magiciennes, grandes séductrices, elles ont envouté notre littérature et notre monde. Mais les connaissons-nous réellement ? Petit focus sur certaines d’entre elles !
Un petit point d’étymologie d’abord.
Le terme « magie » vient du latin « magia », lui-même issu du grec μαγεία / mageía, « religion des mages perses », « sorcellerie », « magie ».
Selon le dictionnaire Larousse, la magie est « l’ensemble de croyances et de pratiques reposant sur l'idée qu'il existe des puissances cachées dans la nature, qu'il s'agit de se concilier ou de conjurer, pour s'attirer un bien ou susciter un malheur, visant ainsi à une efficacité matérielle. »
Le terme « sorcellerie » est une extension du mot « sorcier », du latin « sortiarus », « le diseur de sorts ».
Selon le dictionnaire Larousse toujours, la sorcellerie est « Une pratique magique en vue d'exercer une action, généralement néfaste, sur un être humain (sort, envoûtement, possession), sur des animaux ou des plantes (maladies du bétail, mauvaises récoltes, etc.). »
La sorcellerie fait donc partie de la magie, mais serait plutôt associée à la magie noire. En effet, le terme de sorcier/sorcière évoque généralement une personne ayant de mauvaises intentions et qui utilise toutes sortes d’outils pour arriver à ses fins. Là où la magie serait innée, la sorcellerie serait alors plutôt l’intention que l’on en fait. Ici, nous parlerons donc principalement de magiciennes, aux talents innés.
Circé, La Séductrice
Charme, douceur, séduction. C’est ce qui revient lorsque l’on parle de la magicienne Circé, fille du dieu soleil Hélios et de l’Océanide Perséis. Homère la qualifie même de « πολυφάρμακος / polyphármakos », c'est-à-dire « particulièrement experte en de multiples drogues ou poisons, propres à opérer des métamorphoses ». Connue pour avoir transformer les compagnons d’Ulysse en porc et avoir été leur guide dans la suite de leur aventure, cette magicienne vit exilée sur son île d’Ééa, entourée d’animaux (sans doute des hommes qu’elle a transformé pour avoir accosté sur son île) et, selon les versions, d’autres femmes exilées elles aussi.
Circé est donc la magicienne qui a donné naissance à la figure de la femme fatale : d’une beauté littéralement divine, elle est décrite comme douce et séductrice, mais également dotée d’une grande puissance magique, faisant d’elle une redoutable adversaire pour qui ose s’oppose à elle. C’est celle qui vous mènera par le bout du nez, tout en douceur, à l’aide de ses drogues. Gare à ceux (ou celles !) qui succomberont à son charme.
Médée, La Terrible
Même si moins connue de nos jours, Médée n’a rien à envier à sa tante Circé en termes de puissance magique. Fille de Aetes, frère de Circé et roi de Colchide, Médée a hérité des dons magiques de sa tante et possède le même talent pour les potions et poisons. Talent qu’elle met à profit pour aider Jason dans sa quête de la Toison d’or, mais aussi pour se venger de celui-ci lorsqu’il la trahit pour une autre femme.
Mais là où Circé est charme et douceur, Médée est force et passion. Femme ayant des caractéristiques floues, allant vers la masculinité (antique s’entend), Médée est la figure de la femme « folle furieuse » : brûlante de colère et de rage, la terrible Médée n’hésite pas à tout brûler (littéralement) sur son passage pour atteindre sa liberté. Médée est celle qui ordonne, celle qui asservit, celle qui n’hésitera pas à vous mener à votre perte pour servir ses intérêts et protéger les personnes qu’elle aime. Car oui, on l’oublie souvent, mais les actes de Médée sont guidés par la passion, par l’amour qu’elle porte aux autres, notamment à Jason (qui ne la mérite pas !).
Hécate, La Ténébreuse
Déesse grecque souvent oubliée du panthéon, Hécate, fille du titan Persès et de la Titanide Astéria, reste tout de même une figure majeure de l’imaginaire de la magie. Déesse des carrefours et patronne des sorciers et sorcières, c’est une divinité à la fois lumineuse et ténébreuse. Hécate fait partie de la triade lunaire, avec Séléné et Artémis et représente la nouvelle lune (ou lune noire) qui symbolise la mort (ou la renaissance). Selon les versions, elle serait la femme d’Aaétès, père de Médée et de Circé et aurait marqué de ses pouvoirs une lignée au tragique destin.
Représentée sous sa triple forme, Hécate incarne l’ambiguïté de la magie et des magicien.ne.s. C’est la magicienne par excellence, et la maitresse en sorcellerie à qui font appel tou.te.s les magicien.e.s. Hécate était d’ailleurs la patronne des orphiques (courant religieux de la Grèce antique connu pour sa doctrine de salut marquée par une souillure originelle, inspiré par Orphée).
La magie maléfique n’opère pas partout ni n’importe quand. La nuit est donc son domaine et qui mieux que la déesse de la lune noire pour protéger ceux et celles qui la pratiquent ? Associée au monde des ombres, souveraine des âmes des morts, elle représente alors la « femme ténébreuse », mystérieuse et dangereuse.
Séléné et Artémis, des magiciennes ?
Avec Hécate, elles forment la triade lunaire : Hécate représente la lune noire et la mort ; Artémis, déesse de la forêt, représente le croissant de lune et la maturité ; Séléné représente la pleine lune et la naissance. Si la première est identifiée comme la patronne des magicien.ne.s, la question pour les autres se pose.
Représentation de la lune, et donc divinité de la nuit, Artémis et Séléné présidaient en effet aux cérémonies magiques. Artémis, déesse sauvage et patronne des jeunes femmes, était la chasseresse qui tuait les bêtes et les hommes. Comment ne pas l’associer alors aux pratiques des magiciennes en quête de vengeance ?
Séléné seule semblerait être exclue du monde ténébreux de la magie noire, elle est souvent représentée parcourant la nuit sur un char d’argent attelé de deux chevaux, toujours en quête d’amour. Or, l’amour est souvent la raison qui pousse à pratiquer la magie : philtre d’amour, vengeance sur un être cher qui nous trahit, malédiction contre un.e rival.e… Le choix est vaste.
On peut donc envisager que ces deux déesses, à l’instar de leur « sœur lunaire » pouvaient être associées aux magiciennes.