Perceval - Clotilde Brunneau (sc.) & Chevalier Gambette (ill.)
Résumé éditeur : La quête exaltante et flamboyante de Perceval, le chevalier le plus naïf mais audacieux de la Table ronde ! Perceval, 15 ans, quitte sa forêt natale malgré les réticences de sa pauvre mère pour rejoindre le château du roi Arthur avec…

Résumé éditeur :
La quête exaltante et flamboyante de Perceval, le chevalier le plus naïf mais audacieux de la Table ronde !
Perceval, 15 ans, quitte sa forêt natale malgré les réticences de sa pauvre mère pour rejoindre le château du roi Arthur avec un objectif en tête : devenir le plus fort chevalier de la Table ronde !
Oui mais voilà, la tâche se révèle plus ardue que prévue, surtout quand on a encore toutes ses preuves à faire, qu'on fonce tête baissée... Mais loin d'être découragé, le jeune garçon s'acharne et se promet d'y arriver quoi qu'il en coûte, même si cela signifie succomber à l'orgueil et à la folie...
Quand j’ai vu cette magnifique BD en librairie, j’ai un peu craqué, je l’avoue. Elle est grande, elle est dorée, elle a des REFLETS, et en plus c’est Chevalier Gambette à l’illustration (celui qui avait fait un magnifique travail pour Les Soeurs Hiver de Jolan C. Bertrand ou encore Les Clopin-Clopant d’Agnès Marot) ! A peine le résumé lu que je l’ai pris sous mon coude pour la faire dédicacer au salon de Montreuil par l’autrice et l’illustrateur.
Puisque ce sont les illustrations qui m’ont attirées dans un premier temps, je vais commencer cette chronique sur ce point. J’avoue être assez fan du coup de crayon de Chevalier Gambette : les couleurs qu’il utilise sont toujours très vivantes sans pour autant être criardes, ce qui donne je trouve un côté très “ancien” à ses dessins. Pour cet album, la palette est assez restreinte, ce qui permet de créer une ambiance unique. Mine de rien, juste avec ce procédé, le fond narratif et la forme artistique se fondent pour se nourrir l’un de l’autre, et ça marche vraiment bien. On se retrouve réellement dans le récit d’un mythe lointain, dans un monde merveilleux rien qu’avec les couleurs, c’est assez dingue. C’est tout à fait personnel, mais j’adore vraiment les contours très apparents de toutes les petites formes qui constituent les personnages, les paysages, etc. Déjà, c’est une caractéristique très reconnaissable, ce qui est cool (commentaire de qualité s’il en est). Mais il y a aussi cette impression que me donne ce style graphique : il me semble retourner directement en enfance dès que je vois les illustrations de Chevalier Gambette, et plus particulièrement quand on me racontait de grandes histoires avec de la magie, des héros et des héroïnes et des méchants sorciers. J’étais donc ravie de voir que le sujet de cette BD serait Perceval, chevalier de la table ronde !
Bien qu’ayant eu non pas un mais deux semestres de littérature médiévale, dont un consacré aux chevaliers de la table ronde, je ne connaissais pas grand chose du personnage de Perceval avant d’ouvrir cet album. Et bien Clotilde Bruneau a fait un merveilleux travail de scénarisation et de narration ! J’ai été impressionnée par sa capacité à nous faire apprécier un personnage pourtant si éloigné de nous, tant en terme d’époque que d’univers, grâce aux émotions qui traversent Perceval. Et j’ai encore plus été soufflée par la mélancolie du personnage, les regrets qui suent à travers tous les pores de sa peau. L’histoire atteint son paroxysme presque dès le début ; ne reste plus que la cruelle conscience qu’on a laissé passer quelque chose d’exceptionnel sans le savoir. C’est une expérience assez universelle, qu’on soit un chevalier à l’avenir radieux ou non.
La scène où le Graal apparaît, pour la première et dernière fois, devant Perceval est absolument splendide. Elle est finalement très loin du sensationnalisme auquel je m’attendais, et pourtant, elle n’en devient que plus solennelle. D’un point de vu narratif, tout est fait pour qu’on puisse prendre conscience de l’importance de cette révélation, alors même que Perceval passe presque complètement à côté. Cette énorme fracture entre les lecteurs et le personnage principal ajoute vraiment à cette scène, ce qui fait de ce point de bascule important le moment le plus mémorable de l’album. De là commence les regrets, la honte, et la culpabilité et une quête impossible pour essayer de se rattraper. L’injustice de la situation - n’a-t-on pas le droit de ne pas tout comprendre du monde qui nous entoure ? ne peut-on réellement jamais rejouer une occasion manquée, par ignorance et non pas par malice ? est palpable, absolument crève-cœur, alors même que Perceval a été une inspiration pour ses comparses.
Conjointement, Clotilde Brunneau et Chevalier Gambette ont ainsi réussi à retranscrire une tristesse qui se fait palpable pour les lecteurs et lectrices, ce qui est un tour de force impressionnant. Plus qu’un scénario et des planches, Perceval est le réceptacle d’une ambiance profondément mélancolique et d’un sentiment de regret transcendant.