Ulysse & Cyrano - Stéphane Servain (ill.), Xavier Dorison et Antoine Cristau (scén.)
Résumé éditeur Un jeune héritier au destin tout tracé. Un cuisinier épicurien au passé glorieux. Leurs chemins n’auraient jamais dû se croiser… La couverture, tout en nuances chaudes et sereines, m’a tout de suite attirée. Le titre aussi, couplant à…


Résumé éditeur
Un jeune héritier au destin tout tracé.
Un cuisinier épicurien au passé glorieux.
Leurs chemins n’auraient jamais dû se croiser…
La couverture, tout en nuances chaudes et sereines, m’a tout de suite attirée. Le titre aussi, couplant à la fois un nom mythologique et un issus de la littérature français.
J’ai bien vite découvert qu’il s’agissait là finalement d’un hasard, mais j’étais déjà bien trop prise dans l’histoire pour m’en offusquer. Il faut dire que j’ai été happée dès les premières pages.
Si je suis en générale assez peu réceptive au trait classique de la BD franco-belge, la palette de couleur et l’évidence du style pour un tel récit m’ont conquise. Chatoyante, cette œuvre est un bonbon pour les yeux… et justement !




On plonge dans la France d’après guerre de 40, celle pas encore totalement réconciliée avec elle-même, dans une famille bourgeoise où le père a de grandes ambitions pour son fils… mais se retrouve dans la tourmente de la collaboration avec les Allemands. Pour sa femme et son fils, pas le choix, ils doivent s’éloigner de la capitale pendant un temps, et ils trouvent donc refuge en Bourgogne.
Le personnage d’Ulysse m’a tout de suite frappée par son caractère si réservé qui s’opposait finalement tant avec ses a priori de classe qu’il laissait éclater au grand jour. Gamin perdu, fils éloigné d’un père strict et collabo, d’une mère dépressive et apathique, la vie de jeune adulte commence mal pour Ulysse. Heureusement pour lui, il est bien entouré : la jeune Marie ne veut rien entendre à ses simagrées bourgeoises, et Cyrano le trouve inconscient dans la rivière locale. Commence alors la drôle de relation entre le jeune homme et Cyrano, un vieux grincheux qui s’avère être un véritable cordon bleu. Ulysse n’est peut-être pas une flèche en maths, mais il a bien vite compris que sa mère se laissait dépérir. Alors quoi de mieux que d’essayer de reproduire les bons petits plats de Cyrano pour elle ?
Ulysse s’impose dans le quotidien du vieux bourru, un peu contre le gré de ce dernier... Mais bien vite, il se laisse attendrir par cet ado paumé plein de bonne volonté. Commence ainsi l’apprentissage en catimini d’Ulysse à l’art culinaire.
Recettes traditionnelles du terroir français, revisites, techniques… tout y passe. Tout, pour essayer de faire reprendre le goût de la vie à sa mère… jusqu’à ce qu’Ulysse découvre que la cuisine, lui-même y a goût. Mais comment faire avaler à sa famille qu’il veut devenir “simple” cuisinier ?
Si elle est pleine de douceur, cette BD n’hésite pas à prendre des risques et à ajouter de l’amer. Les thématiques comme l’anorexie et le classisme y sont abordées, dans tout ce qu’il peut y avoir de plus tragique. Mais, comme un bon plat, tout réside dans la nuance. Et de la nuance, il y en a lorsque le sujet très épineux de la collaboration est introduit. J’ai trouvé le traitement de cette thématique très intéressant, parce que loin d’être manichéen. Enjeux politiques et sociaux liés aux années post-purge sauvage, décisions difficiles, conscience et éthique sont ici intelligemment traités pour approfondir l’histoire si particulière d’Ulysse et de sa famille.
Une BD sur fond historique, donc, mais qui fait la part belle également à l’histoire de la gastronomie : Cyrano est un Ancien, il incarne la cuisine traditionnelle. Il est en guerre contre cette nouvelle cuisine, que nous appelons dorénavant haute gastronomie, qui fait trop de chichi, qui est trop hypocrite au goût du cuisinier. L’opposition entre tradition et renouveau a été merveilleusement bien amenée et les planches qui peignent les plats d’une cuisine comme de l’autre sont tout bonnement exquises.
D’autant plus qu’on nous mène à travers un véritable tour de France des saveurs ! Un vrai régal pour les yeux, et pour les papilles…
Pas besoin d’être un grand cuisinier pour savourer cette bande dessinée, qui captive par ses thématiques, ses histoires imbriquées et ses couleurs chatoyantes, mais il faut impérativement aimer déguster des bons petits plats !
Un vrai coup de cœur pour moi - j’ai dévoré les pages, et je n’ai qu’une hâte, c’est de tester les recettes…